2007_duo

20/07/16 : Le ciel était trop bleu

Chant-Piano

Marie Terbost (soprano) Joséphine Ambroselli-Brault (piano)

Vert...

 

La troisième soirée des Nocturnes est placée sous le signe de l'impressionnisme. Maupassant nous sert de guide, à travers son roman, Une Vie, et les poèmes mis en musique qui vont scander la destinée de Jeanne. Ces pièces rêveuses, mélancoliques, tour à tour langoureuses ou bien encore tristes retracent le voyage sentimental d'une jeune femme dont la noblesse de sentiments ne se dément jamais, même au coeur de la trahison et des tourments. Comment ne pas compatir à la fatalité du sort qui échoit à l'héroïne de cette oeuvre, commencée dès 1877 mais qui fut remaniée, ciselée, et publiée enfin en 1883 ? Cette histoire douce-amère évoque les rêves, les espoirs, les illusions d'une jeune fille à marier, à l'aube de sa vie, les déceptions et les douleurs d'une épouse délaissée, les chagrins dévorants d'une mère trop aimante. Jeanne, sacrifiée dès la sortie du couvent aux conventions matrimoniales de son temps, ne connait qu'un court printemps de liberté, dans cette campagne normande qu'elle affectionne. Pourtant, dans le vide absolu que le temps laisse peu à peu autour d'elle, l'espérance ne meurt jamais tout à fait. La servante fidèle, Rosalie, tire la morale roborative de ce conte : « La vie n'est jamais si bonne ni si mauvaise qu'on le croit », un proverbe marqué au coin de la sagesse paysanne alors qu'une petite fille, née de l'union illégitime du fils prodigue, est confiée aux deux femmes, déjà au crépuscule de leur vie. Au terme d'un calvaire quotidien, fait d'angoisses et de souffrance morale, Jeanne trouvera la sérénité, un petit être à aimer, quelqu'un pour qui exister.

Le Ciel était trop bleu... Chez Maupassant, le paysage ne se résume pas à un décor pittoresque ou à un simple arrière-plan, il constitue le support naturel de la narration. Le charme riant d'une route sert - par contraste - d'écrin champêtre à la noirceur des pensées que ruminent les protagonistes : A côté des trèfles, d'un vert sombre, et des betteraves d'un vert cru, les blés jaunes éclairaient la campagne d'une lumière dorée et blonde. » Un vibrant camaïeu de vert pour les riches terres, un damier « d'eau, d'espace et de clarté » pour les grèves cauchoises suffisent à suggérer cette paix extérieure que vient à peine troubler la tension dramatique maximale entre les personnages.

Flaubert salua chaudement la réussite de son protégé, approuva le style et le projet littéraire déployé dans Une Vie par celui qui fut son disciple et son ami. Maupassant, inspiré par le pessimisme de Schopenhauer, développe roman après roman ses thèmes de prédilection et donne toute la mesure de son art réaliste. Que dit-il, dans la préface de Pierre et Jean, ce manifeste revendiqué de son art ?

« Le lecteur qui cherche uniquement dans un livre à satisfaire la tendance naturelle de son esprit, demande à l'écrivain de répondre à son goût prédominant, et il qualifie invariablement de remarquable ou de bien écrit l'ouvrage ou le passage qui plaît à son imagination idéaliste, gaie, grivoise, triste, rêveuse ou positive. En somme, le public est composé de groupes nombreux qui nous crient :

* Consolez-moi.

* Amusez-moi.

* Attristez-moi.

* Attendrissez-moi.

* Faites-moi rêver.

* Faites-moi rire.

* Faites-moi frémir.

* Faites-moi pleurer.

* Faites-moi penser.

Seuls, quelques esprits d'élite demandent à l'artiste : Faites-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament.

L'artiste essaie, réussit ou échoue. »

Donnons donc carte blanche à l'auteur.... Tout en nous laissant envahir par la musique.

Programme musical

  • Hugo Wolf, Frühling übers Jahr (L'arrivée du printemps)
  • Johannes Brahms, Unbewegte laue Luft (L'air tiède et immobile)
  • Gabriel Fauré, Puisque l'aube grandit
  • Gabriel Fauré, J'ai presque peur en vérité
  • Claude Debussy, C'est l'extase langoureuse
  • Hugo Wolf, Ein Stündlein wohl vor Tag (Une petite heure avant le jour)
  • Claude Debussy, Spleen
  • Reynaldo Hahn, Dans la nuit
  • Francis Poulenc, Sanglots
  • Richard Strauss, Meinem Kinde (Berceuse)
  • Franz Schubert, Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet)
  • Johannes Brahms, Ach, wende diesen Blick (Ah, détourne ce regard)
  • Hugo Wolf, Verschling der Abgrund meines Liebsten Hütte (Que la maison de mon amant l'engloutisse)
  • Edvard Grieg, Zur Rosenzeit (Au temps de roses)
 
 

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Tous les mercredis à 21h,
du 6 juillet au 17 août 2016

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