Nocturnes 10 aout 2016

10/08/16 : Invitation au voyage

Piano
Daniel Blumenthal (piano) Frédéric Aguessy (piano)

 Orange...

 

La sixième soirée des Nocturnes est une invitation au voyage, un périple matériel autant que spirituel. A travers les pièces de Bach, Beethoven et Mozart proposées ce soir, nous pouvons aussi nous interroger sur ce qu'est le langage musical, sur sa spécificité et son influence extrême sur notre imaginaire.

La couleur de cette soirée musicale sera l'orangé, une des couleurs dominantes de l'aurore comme du couchant, la couleur du sacré, dont le nom vient du sanskrit en passant par l'arabe. L'orange reflète aussi la nuance des commencements et des fins, la teinte de tous les possibles lorsque renaît, chaque matin, la promesse de l'aube. Dynamique et chaud, l'orange symbolise l'ailleurs, l'étrange, le voyage dans ces paysages baudelairiens où « Les soleils mouillés ! De ces ciels brouillés / Pour mon esprit ont les charmes / Si mystérieux de tes traîtres yeux/ Brillant à travers leurs larmes. »

On a beaucoup comparé les approches de Debussy et Bergson, les affinités entre Schoenberg et Adorno mais philosophie et musique ont partie liée depuis l'Antiquité. Rigoureuse, mathématique même, elle fait partie de l'éducation libérale des Grecs. Platon l'exalte comme une parfaite propédeutique mais la critique également pour son caractère mimétique et fortement émotionnel, trop éloigné de la quête du Vrai. Aristote en fait un vecteur d'élévation de l'âme qui prépare celle-ci à recevoir les enseignements essentiels. Pétri de culture grecque Nietzsche accorde à la musique une place centrale dans la genèse de sa pensée. Elle se situe du côté dionysiaque : expression du Moi jaillissant, énergie pure, et extase mais il doit lui reconnaître aussi une dimension lumineuse nettement apollinienne.

« Dieu doit beaucoup à Bach » disait Cioran... Dès Saint Augustin, l'église cherche à conjuguer la musique de la tradition païenne avec les enseignements liturgiques. Dans son Traité sur la Musique, l'évêque d'Hippone montre comment de notes en notes, d'harmonie en harmonie, la musique remonte telle une échelle dialectique aux origines de l'harmonie première divine, éternelle, comme pour les Anciens la regressio ad initium remontait à l'harmonie perpétuelle des sphères. Dans la liturgie, les fidèles par leurs chants mystiques excèdent les possibilités de la parole pour accéder au chant de louange absolu. La musique de Bach sacrée ou profane soumet l'auditoire à ce vertige complet.

Descartes considère que la musique comme l'art suprême car elle permet aux sens d'agir sur l'âme : « Pour qui regarde les différentes passions que la musique excite en nous, par la seule variété des mesures, je dis en général qu'une mesure lente produit en nous des passions lentes telles que peuvent être la langueur, la tristesse, la crainte et l'orgueil etc.. Et que la mesure prompte au contraire fait naître des passions promptes et plus vives, comme la gaieté, la joie etc. »

La liberté totale, à sa source, fut revendiquée par Monteverdi : « en ce qui concerne les consonances et les dissonances, il y a un autre point de vue que la tradition : celui justifié par la satisfaction de l'ouïe et de la raison. Pas besoin de querelle entre Rameau et Rousseau : Mélodie et harmonie se complètent. La simplicité de Mozart n'est qu'apparente. Une forme finie virevoltante qui aboutit paradoxalement à atteindre l'infini.

Hegel place la musique au pinacle du panthéon des beaux-arts, là ou Kant en faisait un art mineur par excellence. Elle lui semblait en effet appartenir au domaine du sensible pur, ne sachant apporter de nouvelles connaissances à l'esprit. Hegel, contemporain de Schubert et de Beethoven, affirme en revanche que la musique atteint au sublime en ce qu'elle se dispense d'images, de mots, de concepts même pour n'user que d'un langage dématérialisé qui atteint l'âme de plein fouet, sans intermédiaire : « La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. » Elle est la sensation cristalline, le sentiment distillé, la quintessence de la sensibilité romantique. On peut avancer alors que la musique serait la manière idéale pour délester les sensations des pesanteurs d'un support matériel, quel qu'il soit.

A ceux qui trouvaient la musique de Beethoven débridée et sans structure, révolutionnaire en somme, Hoffmann opposa sans relâche l'idée que l'esthétique n'est pas pure géométrie mais une forme spirituelle d'écriture qui suit les règle en sachant s'en affranchir au besoin: « Les secrets de l'harmonie, seul le compositeur qui sait s'en servir pour agir sur l'âme de l'homme, les pénètre vraiment. Les proportions arithmétiques, qui sont pour le grammairien sans génie des exercices morts et figés, sont pour lui des philtres magiques, d'où il fait surgir un monde enchanté. » Selon Schopenhauer, la musique et ses variations exprime le désir multiforme, conquérant, la volonté qui s'affirme en volutes. La musique est « d'emblée métaphysique, plus capable de faire saisir l'Être que n'importe quelle philosophie ou science usant de concepts. 

Duparc, plus tard, saura bien restituer l'opulence orientale d'un paradis orangé, en donnant de l'expansion aux mots du poète « Les soleils couchants / Revêtent les champs / les canaux, la ville entière / D'hyacinthe et d'or ; / Le monde s'endort / dans une chaude lumière. »

Et Nietzsche de conclure : « Sans la musique la vie serait une erreur. »

Programme :

Jean-Sébastien BACH - Concerto pour 2 claviers en ut mineur BWV 1060

  • Allegro
  • Adagio
  • Allegro

 

Ludwig van BEETHOVEN - Sonate en Mi b Majeur opus 81a
(Les adieux, l'absence et le retour)

  • Adagio - Allegro
  • Andante espressivo
  • Vivacissimamente

 

Franz Josef HAYDN  - Sonate en Ré Majeur Hob XVI/37

  • Allegro con brio
  • Largo e sostenuto
  • Finale - Presto ma non troppo

 

Claude DEBUSSY - Petite Suite (transcription pour 2 pianos par Henri Büsser)

  • En bateau
  • Cortège
  • Menuet
  • Ballet

 

Wolgang Amadeus MOZART - Sonate pour 2 pianos en Ré Majeur K. 448

  • Allegro con spirito
  • Andante
  • Molto Allegro
 
 

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Tous les mercredis à 21h,
du 6 juillet au 17 août 2016

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