Nocturnes 17 aout

17/08/16 : Feu d'Artifice

Piano Clarinette

Pierre Genisson (clarinette) Anna Petron (piano)

Rouge...

 

Bouquet final ce soir pour les Nocturnes de la Cathédrale de Rouen, avec des fusées rouges et or pour conclure cette saison. Nous avons parcouru le prisme des couleurs et terminons avec le rouge, l'œuvre au rouge, celle qui parachève la transmutation alchimique. Cette teinte est avant tout celle de l'énergie et de la passion, couleur chaude par excellence. Nous évoquerons aussi ce soir le lyrisme, cette capacité des êtres à exprimer leurs sentiments sur un mode qui suscite un retour de celui qui est aimé. Le jeu des instruments crée une émotion que l'auditoire va partager avec les interprètes. Amour sacré, amour profane s'y rejoignent.

On reconnait cet aspect dans les pièces de Bach transcrites pour le piano par Busoni (Wachet auf, ruft uns die Stimmebwv 645 ; Ich ruf zu dir, Herr Jesus Christ, bwv  639). Le croyant invoque Dieu et le supplie d'être attentif à sa prière. Comme le psalmiste qui module sur sa harpe, il espère une réponse à sa ferveur, sollicite un écho à sa foi ardente. L'amant n'est pas en cela si différent dans sa quête d'un retour de la part de l'aimée.

L'Ile joyeuse est une pièce composée par Debussy en 1904, imprégnée de la peinture de Watteau, Pèlerinage pour l'île de Cythère, un tableau réalisé en 1717. On y voit des couples d'amants élégants offrir des couronnes de fleurs à la statue de Vénus avant d'embarquer dans la nef qui les conduira vers l'île de la déesse. Cette peinture fascinait Debussy qui la décrivit ainsi dans une lettre à un ami : « On y rencontre des masques de la comédie italienne, des jeunes femmes chantant et dansant ; tout se terminant dans la gloire du soleil couchant. » Inspiré depuis longtemps par la poésie de Verlaine et la suavité de ses fêtes galantes, Debussy conjugue ici grâce, légèreté et ce léger sérieux qui vient tempérer tout bonheur entrevu. Il dédia cette œuvre, toute en vibrations, en battements de cœur, à la cantatrice Emma Bardac qui allait devenir son épouse.

Pièces romantiques par excellence, pour piano et hautbois à l'origine, les Romances de Schumann furent composées en 1849. Le compositeur les offrit à son épouse Clara pour Noël, cette même année. Celle-ci les joua par la suite dans un cercle privé. Ces pièces intimes accompagnent le début des troubles de Schumann et l'emprise de cette mélancolie psychotique qui le conduisirent peu à peu à l'internement. On y perçoit le murmure amoureux et les changements d'humeur qui affectaient alors le musicien mais surtout la rassurante certitude de l'amour partagé.

La Sonate pour piano et clarinette de Bernstein fut achevée en 1942. Il la dédia à un ami clarinettiste. Pour le compositeur, elle traduisait en musique les moments d'étude heureux passés à Tanglewood. Elle comprend deux mouvements: d'abord un grazioso lyrique et un second mouvement qui se lance andantino et évolue en Vivace e leggerio.

Lutoslawski s'inspira quant à lui du folklore du nord de la Pologne et des rythmes qu'il affectionnait tout particulièrement. Ses Préludes de danse, dans leur version pour piano et clarinette, furent achevés en 1954.  Il y insuffle toute la vivacité de l'âme de son pays, à une époque où le joug soviétique faisait de l'exaltation de la culture nationale un acte patriote et presque subversif.

Les Trois préludes sont des courtes pièces pour piano composées par Gershwin en 1926. Ils allient l'héritage classique et l'influence décisive du jazz et du blues sur la musique américaine des roaring twenties. Le premier prélude s'ouvre sur une tonalité de blues puis conjugue avec hardiesse la forme du rondo et les syncopes du jazz. Déconcertant mélange où la virtuosité et la rapidité peuvent alterner avec une grande douceur, comme on l'entend à la fin du deuxième prélude lorsqu'il s'achève dans une lenteur mesurée. Le troisième prélude, Allegro ben ritmato e deciso, tresse deux mélodies qui alternent et se répondent, en majeur et en mineur, jusqu'à la résolution finale de cette tension.

Le concert s'achèvera avec un retour au divin et un appel aux anges, messagers de paix dans la tradition juive, au soir de Shabbat. Selon l'enseignement du Talmud, deux anges accompagnent les fidèles, le vendredi, au retour de la synagogue. L'un incarne le bien, l'autre le mal. Si le foyer a été bien préparé pour le Shabbat, l'ange le bénit et annonce que le Shabbat suivant sera identique, l'ange du mal doit alors acquiescer. En revanche, si la lampe n'est pas allumée, la table bien mise et la tradition respectée, c'est l'ange du mal qui prononce la formule et condamne le Shabbat suivant à n'être pas non plus  conforme aux exigences du rite. L'ange du bien ne peut alors qu'approuver. Le chant, d'abord dans une lenteur solennelle, accueille les Anges du Très-Haut, du Roi des Rois, béni entre tous, leur demande une bénédiction puis les salue dans un envol d'une gratitude redondante : « Partez en paix, anges de paix. »

Programmation :

 

  • Transcription Bach/Busoni : wachet auf, ruft uns die stimme
  • ich ruf zu dir, herr jesus Christ
  • Robert Schumann : op.94 romances
  • Leonard Bernstein : Sonate
  • Claude Debussy : L'Isle joyeuse
  • Witold Lutoslawski : préludes de danse
  • George Gershwin 3 préludes
  • Béla Kovacs Shalom aleichem rov' feidmann
 
 

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Tous les mercredis à 21h,
du 6 juillet au 17 août 2016

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